Résumé :
Début du XXIIème siècle. Alors que l’Europe, décadente, sombre dans la misère, l’Afrique est dans une phase d’extrême prospérité – mais pour combien de temps encore ? Le bouleversement climatique a également bouleversé le Nord et le Sud économiques. L’Afrikwana attire les touristes du monde entier – les plus riches, bien entendu. L’ingénierie génétique a permis de créer les Magic Eden, peuplés de lions dociles, de doux éléphants et de placides rhinocéros. Toute la faune de la savane s’y ébat sous les yeux admiratifs de riches touristes, qui caressent avec passion la crinière des lions. Plus un animal carnivore ne subsiste, ils se nourrissent tous de la même sorte de gelée bleue.
Oui mais voilà, le Paradis n’est qu’apparent. Toute l’Afrikwana est régit par une censure excessive et les camps de travaux forcés se remplissent d’opposants et d’immigrants, dont Jef fait partie. Il y rencontrera Shaka, un ancien Zoulou au passé étonnant et subira les humiliations et les bastonnades de gardiens aussi condescendants qu’odieux. En compagnie de Massaïs rebelles, il découvrira également la vie sauvage dans toute sa somptuosité et apprendra à la respecter.
Et déjà, la Nature se révolte. Les Magic Eden se retrouvent confrontés à un problème de taille : depuis peu, les animaux attaquent les touristes et le nombre de ses « bêtes folles » se multiplie à une vitesse vertigineuse…
Une inversion des richesses :
« Shaka a entendu parler de ces gens qui fuient par dizaines de milliers le continent sinistré, au-delà de la Méditerranée. Ils rêvent d’Eldorado, ignorant ce qui les attend sur les terres africaines. Sans doute croient-ils qu’ici les moussons sont d’argent et les rivières d’or. »
L’Europe, jadis terre d’accueil des Africains fuyant la pauvreté ou le régime politique de leur pays d’origine, entre désormais dans une phase d’extrême décadence. La majorité de la population, comme Jef et sa famille, vit dans des bidonvilles. Les dirigeants ne s’en préoccupent pas et les richesses ne sont détenues que par quelques groupes d’hommes.
L’Afrique, quant à elle, autrefois soumise à un climat difficile et à une misère semblant inébranlable, attire maintenant les pauvres hères du monde entier, qui veulent fuir la pauvreté de leur bidonville pour tenter leur chance dans ce pays où tout paraît possible. Mais la vérité est tout autre…
C’est une étrange analogie avec la situation actuelle et qui ne manque pas de nous rappeler à quel point nous ne sommes rien, juste une page, une phrase dans le grand Livre des Temps et que nul chose n’est invulnérable.
La Nature reprend ses droits :
Les Anitrans (nom donné aux animaux génétiquement modifiés) sont à l’image d’une civilisation que la modernité a corrompu jusqu’à la mener au bord du gouffre. A tout vouloir contrôler, l’Homme a finit par ne rien contrôler du tout. Et la Nature le lui fait bien comprendre, en reprenant ses droits. Les Garous (nom donné aux animaux redevenant sauvages) sèment la panique au sein des Magic Eden. Obligés de payer les touristes témoins pour ne pas qu’ils répandent l’information, les gérants doivent trouver une solution et vite… Et comme toujours dans ce cas-là, le manque de réflexion donne naissance à la manière forte : se débarrasser coûte que coûte de ce fléau, par n’importe quel moyen.
Pour eux, ces animaux sont fous, mais pour les Massaïs qui perpétuent les rites ancestraux de leur tribu et qui ne font qu’un avec la Nature, ce sont les Anitrans qui sont anormaux. Jef le comprendra après avoir croisé le regard de cette lionne, où brillait cette flamme qu’il serait inutile de décrire…
Paradoxe technologique :
Les Magic Eden sont à la fois un lieu sauvage (du moins en apparence), où vivent des animaux emblématiques de l’Afrique et un condensé de modernité. L’Afrikwana jouit d’une technologie qui lui permet un relatif contrôle du climat, les animaux sont tous génétiquement modifiés, les touristes sont accompagnées de petites caméras volantes, sans parler des drones et des félins –bijoux de la robotique- qui aident à la chasse aux Garous. Puis à côté de cela, on retrouve un paysage encore assez typique et à l’apparence sauvage, où se côtoient, bien que différents, lions, éléphants, rhinocéros, gazelles…
Il est évident que ce paradoxe technologique est contre-nature et qu’il n’a pas de raisons d’être.
Mon avis :
Le livre, roman d’anticipation, est écrit d’une manière assez moderne : une succession de phrases courtes avec quelques phrases longues qui se démarquent. Loïc le Borgne cite aussi bien de grands auteurs africains tel Léopold Sédar Senghor, dont on ressent assez bien l’influence poétique, mélancolique du décor, mais également de grandes œuvres dédiées à l’Afrique, comme Les Neiges du Kilimandjaro d’Ernest Hemingway ou Le Lion de Joseph Kessel.
« Chassez le naturel, il revient au galop ! » Voilà ce qui pourrait résumer le thème même du livre. Loïc le Borgne nous rappelle à tous que l’équilibre mondial est de plus en plus précaire et qu’une plume est capable d’en ébranler les fondations. Il nous rappelle également à nos priorités et signe là une ode à la Nature, un Hymne à l’Afrique, sauvage et magnifique.
Vincent CLEMENT3°1
Collège Les Ménétriers -Ribeauvillé
Auteur : Loic Le Borgne
Titre : Le sang des lions
Editeur : Intervista
Année : 2008